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Publié : 20 mai 2010

N° 158 / 2009 - Approches psychomotrices et interdisciplinaires autour du jeune enfant

Les XXXVIIe J.A. de Bordeaux

Editorial par François Gosse

Le Collectif des Psychomotriciens de Bordeaux

Si le développement premier de l’enfant est essentiellement psychomoteur, il est inscrit dans un groupe familial et social, et dans une histoire qui le précède et l’oriente. L’enfant construit sa psychomotricité, trouve une représentation, des suppléances, des dissemblances, au long d’un parcours riche d’échanges et de créativité, parfois semé d’embûches et de symptômes. Le psychomotricien accueille le jeune enfant et ses parents, il l’accompagne, le soutient et construit avec lui les appuis psychomoteurs nécessaires à son devenir. Comme le jeune enfant, le psychomotricien n’est pas seul. Son action s’inscrit au sein d’équipes pluridisciplinaires, de réseaux, de partenariats. Eveil, éducation, prévention, soins sont au rendez-vous d’un chantier immense. Plus que jamais la psychomotricité participe d’une dynamique de recherche et d’innovation. Le temps de la petite enfance s’envisage comme une étape essentielle en fondations et fondements : naître, grandir et vieillir parfois autrement.

Introduction aux XXXVIIèmes Journées Annuelles de Thérapie Psychomotrice

Dr François GOSSE

En 1946, Ernest JONES écrit : « Cerner l’entité qui englobe exactement les éléments psychiques irréductibles, particulièrement ceux qui sont dynamiques de nature constitue finalement, à mon avis, un but parmi les plus fascinants. Ainsi, par une méthode scientifique, nous devrions parvenir à diminuer considérablement le fossé aussi vieux que le monde entre l’esprit et le corps. J’ose alors prédire qu’on découvrira que cette antithèse, qui a confondu tous les philosophes, est fondée sur une illusion. En d’autres termes, je ne pense pas que l’esprit existe réellement en tant qu’entité. Cette assertion peut paraître surprenante de la bouche d’un Psychologue. En fait, lorsque nous parlons de l’influence de l’esprit sur le corps ou de celle du corps sur l’esprit, nous ne faisons qu’employer un raccourci commode à la place d’une phrase plus lourde. »

Qui est JONES ? Nombre d’entre vous, je pense, le connaisse comme le premier biographe de FREUD. Médecin Psychanalyste, il rencontre FREUD en 1908 et ne cessera à partir de ce moment de faire partie de ses proches, le faisant venir à Londres en 1938. Il est le patron de la société britannique de Psychanalyse et il aura à gérer l’épisode des « grandes controverses » au début des années 40 qui verra s’opposer deux grandes dames de la Psychanalyse, Mélanie KLEIN et Anna FREUD autour de la question de la psychanalyse des enfants et des querelles théoriques que cela a entraîné entre les partisans du dogme théorique freudien et ceux qui le voyaient se transformer et évoluer en fonction de la clinique des enfants. C’est dire si ce texte fait l’effet d’une bombe. Douter de l’existence de l’esprit alors même qu’on est un proche de Freud, gardien des institutions psychanalytiques. Cette assertion déconcertante sera le point de départ d’un article de Donald WINNICOTT, en 1953, intitulé « L’esprit et ses rapports avec le psyché-soma ». Je ne reprendrai pas avec vous le contenu de cet article majeur de l’oeuvre de WINICOTT. Mais il y dit que les aspects psychiques et somatiques d’un individu se trouvent pris dans un processus de rapports mutuels tellement étroits qu’il préfère utiliser ce mot « psyché-soma » pour caractériser, selon lui, au mieux ce qui se passe au début de la vie psychique. Il pose la question de la tendance de l’individu à localiser forcément l’esprit à l’intérieur de la tête et préfère énoncer que le psychisme peut se localiser dans n’importe quel endroit ou le soma est vivant. Pour lui l’activité mentale et donc l’esprit n’est qu’une construction, « un cas particulier du fonctionnement du psyché-soma », selon son expression. Nous voilà bien, je crois, au coeur du sujet : « fondement et fondations des approches psychomotrices autour du jeune enfant. »

Centré autour des liens complexes entre « corps et psyché » pour reprendre le titre des rencontres que coordonne régulièrement Fabien JOLY. Ce sont ces liens complexes que l’enfant et la pathologie sont venus enrichir par les avancées cliniques qu’ils ont permis :
- l’enfant, et je pense aux apports d’Esther BICK qui, en mettant au point cette technique d’observation des nourrissons, a permis l’émergence d’une clinique nouvelle et d’un foisonnement théorique intense.
- la pathologie de l’enfant, et je pense aux travaux autour de l’autisme qui ont ouvert des voies de recherches et des perspectives nouvelles autour du fonctionnement psychique et des modes d’approches thérapeutiques (TUSTIN - MELTZER - HAAG).

L’enfant et la psychomotricité se développent ensemble.

Il y a donc une clinique psychomotrice que nous partageons quelles que soient nos disciplines d’exercice, et qui s’appuie sur la place du corps, ses sensations, expressions et manifestations pour approcher le fonctionnement mental (au plus près de ses représentations). Cette approche du corps passe par sa mise en mouvement (de même que la psyché est en mouvement). Dans psychomoteur, c’est un jeu de mot facile ; il y a moteur et psycho (qui vient de Psuké « le souffle ») et donc il est temps de démarrer (d’initier le mouvement) ces journées par cette matinée qui sera riche et va poser les bases de ces questions fondamentales sous différentes approches. Cela vous demandera peut-être un réel travail d’assimilation mais permettra que se mettent en place les aspects plus cliniques que sont la prévention, le soin et la recherche dont vous entendrez parler progressivement au décours de ces trois jours.

00 Introduction - Entretien avec le Dr GOSSE p. 2

01 Editorial - Dr GOSSE p. 4

02 Un enfant aujourd’hui, quel devenir pour le petit d’homme ?
- Par C. AUDOUIN p.6

03 Témoignage d’une pratique d’éducation psychomotrice et de prévention au sein d’une structure petite enfance : la « Maison des Enfants »
- Par O. ROBERT, C. BONNEAU & C. PUJO p.18

04 Le deuxième temps de la consultation : la régulation comme moyen de prendre soin précocement
- Par A. CASTAGNE, C. DAT, C. MAYER & A. PALLARD p.26

05 La Thérapie Psychomotrice Bébé-Parents
- Par M. RODRIGUEZ p.36

06 Le psychomotricien en néonatalogie
- Par F. HAMEL p.44

07 L’expérience d’une consultation conjointe pédiatre & psychomotricien dans le cadre du suivi de l’enfant prématuré
- Par L. JOLY-PEDESPAN p.56

08 Les phénomènes transitionnels dans les groupes thérapeutiques d’enfants
- Par Y. BOSSAVY, M. LALANNE & M. PASCO p.66

09 Un des fondements corporels de l’intersubjectivité : le corps propre comme partage émotionnel
- Par P. CLAUDON p.76

10 Prémisses d’une recherche sur les signes psychomoteurs précoces dans l’autisme
- Par C. HENRY & P. JACQUART p.84

11 L’évaluation psychomotrice dans le cadre du diagnostic précoce de l’autisme et des T.E.D.
- Par J. PERRIN & C. LARANJEIRA-HESLOT p.92

12 « IMAGES VECUES » Un atelier pour jeunes enfants autistes
- Par V. CHETRIT & M.-P. LUZES p.110

13 Musicalité & motricité messagère
- Par N. GIRARDIER p.118

14 Emergence d’un réseau périnatalité/petite enfance et résonance sur une pratique psychomotrice
- Par M. PERRIER-GENAS p.128

15 Sommaire de l’année 2008 p.140